De la revue Nature en 1895 à l’OPIE actuelle en passant par Internet

Autour d’un Coléoptère ou de l’utilité de disposer en France de naturalistes compétents.

Parcours en zigzag d’un non spécialiste. Lutte entre espèces vivantes

Lundi 13 août 2012, par Jean-Pierre Jacob // 810. Environnement : choix de textes à lire.

Un Coléoptère mort trouvé recroquevillé sur un paillasson à l’entrée de la maison

Au départ, je l’avais identifié trop rapidement comme un Mylabre inconstant, Mylabris variabilis de la famille des Meloidés.

C’était une erreur.

Après avoir ramassé un autre échantillon, noyé dans un récipient, dans une piéce de débarras où régnait l’odeur d’un campagnol mort, j’ai orienté alors mes recherches du côté des Nécrophores, nettoyeurs efficaces de cadavre.

Peut être Nicrophorus verspilloïdes

Mais les erreurs de parcours sont parfois bénéfiques. Se tromper permet d’avancer dans le savoir.

A partir du nom Mylabre , au cours de la recherche sur Internet, j’étais tombé sur un texte ancien diffusé sur le site de l’OPIE, publié dans La Nature, 1895, p. 380-382.

A plus d’un siècle d’intervalle, il montre comment la société française de cette époque accueille les recherches sur les Insectes et les entomologistes. Il est vrai que J.H. Fabre vit à Sérignan dans le Vaucluse.

On trouvera aussi dans ce texte des détails intéressants sur la biologie des Mylabres et autres insectes de cette famille, et notamment des représentations des larves triongulins et des dessins de Trichodes (courants dans le Lot) ou Clairons. Le rédacteur décrit aussi des conflits entre espèces, ce qui nous ramène à l’actualité lotoise récente de la lutte biologique.

Je cite le début :

Les insectes de la Belle Époque

LES PARASITES DES CRIQUETS

Il fut un temps où les savants et les naturalistes accueillaient avec un sourire dédaigneux les entomologistes qui se vouaient spécialement à l’étude des insectes utiles ou nuisibles à l’agriculture. Cet état de chose durerait peut-être encore si les insectes eux-mêmes ne s’étaient chargés de montrer, par l’étendue de leurs ravages, qu’il était de toute nécessité d’apprendre à les bien connaître pour pouvoir les combattre utilement. La Piéride du chou, la Psyché noire, la Noctuelle des moissons, la Cécidomyie du blé et bien d’autres encore, semblèrent se coaliser avec le traditionnel Hanneton pour montrer qu’on avait peut-être eu trop de dédain pour ces humbles observateurs qui, par leur patience, et parfois aussi grâce à une profonde expérience, ont souvent les premiers fait connaître les mœurs de divers insectes et puissamment aidé par leurs sages conseil à entreprendre contre eux une lutte profitable. Mais les temps sont aujourd’hui changés ; sous la protection du gouvernement, des stations entomologiques, où l’on fait de l’Entomologie appliquée, se sont fondées et les savants officiels acceptent volontiers la mission d’aller sur place étudier les mœurs et les métamorphoses de ces ennemis si petits part la taille, si redoutables par le nombre, qu’on nomme les insectes et s’efforce de rechercher les meilleurs moyens de les détruire. N’est-ce pas une consolation pour le cultivateur de savoir qu’en haut lieu on s’inquiète à ce point de vue, de ses intérêts, et que des hommes compétents et dévoués consacrent leur science et leurs études à le seconder dans une lutte parfois trop inégale où le tout petit l’emporte souvent sur nous ? Mais revenons à notre sujet. Ce sont les recherches des naturalistes qui nous ont appris quel secours on est en droit d’attendre des nombreux parasites dont la prévoyante nature a doté chaque espèce pour l’empêcher de dépasser certaines limites dans son œuvre de destruction. Généralement quand un insecte devient très abondant, ses parasites, trouvant ample nourriture, se multiplient considérablement, en réduisent le nombre, et l’anéantirait même, si la nature ne l’avait pas doué d’une fécondité suffisante ou de divers moyens de défense. Parfois aussi un nouveau parasite viendra dévorer le premier et atténuer ainsi son action, de sorte que l’équilibre un moment rompu pourra se rétablir.

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