Entretien avec l’entomologiste Robin Howard :

De nombreux habitats riches comme ceux situés dans le Lot sont fragiles et soumis à de nombreux compromis

Mercredi 10 septembre 2014, par Tineke Aarts // 1. Lépidoptères (=Papillons)

Lot Nature est très heureux de souhaiter la bienvenue au nouveau membre Robin Howard, un entomologiste.

Depuis qu’il s’est installé dans le Lot, il y a dix ans, il a enregistré et photographié plus de 1750 papillons diurnes et nocturnes.

Un nombre incroyable que nous pouvons admirer sur son site ‘lotmoths.com’.

Avant sa retraite, Robin Howard a été responsable de la conservation des espaces sensibles et importantes à Cornwall, dans le sud d’Angleterre et au mi-Pays de Galles.

Pour Lot Nature, je lui ai demandé comme fonctionne la protection de la nature dans ces pays.

Robin Howard a commencé sa carrière comme photographe et illustrateur de la nature. En 1985, lorsque son studio emploie dix illustrateurs et graphistes, il désire un changement de carrière. Il vend son studio et obtient un diplôme universitaire en zoologie. Sa thèse a pour sujet une enquête sur la recolonisation par la faune invertébrée des mines de charbon à ciel ouvert restaurées dans le sud du Pays de Galles. Après l’achèvement de son diplôme, le même financeur, British Coal, l’invite à étendre cette recherche dans un Ph.D. en mettant l’accent sur les Lépidoptères, sa passion actuelle.

Photo : Robin Howard a enregistré plus de 1750 espèces de papillons diurnes et nocturnes dans la région immédiate de Gorses (Lot). Chaque jour apporte des nouvelles surprises. Pour comparer : au Pays de Galles, il a enregistré environ 300 espèces. La Cornouailles n’avait plus de surprises à offrir après 600 espèces.

Après sa thèse, Robin Howard a été nommé à la tête du ‘Centre de la nature du Pays de Galles’ dans un vaste espace humide près de Cardigan.

Par la suite, il devient conseiller pour la conservation de la nature à l’Ouest de la Cornouailles et directeur de l’habitat de la péninsule de Lizard, le point le plus au sud dans le Royaume-Uni.

Cette péninsule est réputée pour son climat doux, sa géologie, sa flore rare ; c’est un site où des oiseaux et des papillons migrateurs touchent la terre d’Angleterre. Avec une équipe de douze personnes, il a travaillé à la protection de ce site très sensible, presque aussi grand que le Lot.

Robin Howard raconte que les zones sensibles en Angleterre, comme dans d’autres pays en Europe, sont, ou peuvent être, bien protégées. « À la péninsule de Lizard, le climat est très doux et avec la géologie inhabituelle, les conditions sont parfaites pour une grande variété des plantes méditerranéennes et rares. Quand j’étais là, la péninsule a eu la chance d’être protégée à plusieurs niveaux. En tant que ‘Réserve Naturelle Nationale’, comme un site géologique d’importance régionale et plusieurs sites avaient un intérêt scientifique spécial. »

Au cours de votre travail au Pays de Galles, vous avez supervisé la construction et le lancement d’un centre de visiteurs et d’éducation de la nature. Ce centre, qui a obtenu un prix, coûtait plus d’un million d’euros. Comment est-il possible, pour une petite région, de dépenser une telle somme à l’éducation de la nature ?

Robin Howard : « Au Royaume-Uni, il existe des organisations similaires à Lot Nature nommées : Wildlife Trusts. Le ‘Dyfed Wildlife Trust’ était responsable pour la construction et le fonctionnement de ce centre éducatif de la nature près de Cardigan. Il s’agit en effet d’une organisation d’une petite région, mais par une négociation habile, ils ont réussi à obtenir de l’Europe un pourcentage considérable de l’argent nécessaire pour financer ce centre. Le reste a été recruté par des fonds au sein du Pays de Galles. »

« Tous les ‘Wild life trusts’ sont aidés par une organisation nationale, nommée : ‘La Société royale des Wildlife Trusts.’ Cette organisation a fourni les budgets supplémentaires. Puis, un peu de temps après mon départ, elle a pris la direction de ce centre. »

Le ‘National Trust’ est célèbre en Angleterre. Quel est son rôle dans la protection de la nature ?

« Ce National Trust travaille à une échelle plus grande. C’est une organisation caritative, créée en 1895. Depuis, elle est devenue un des plus grands propriétaires fonciers aux Royaume-Uni.

Le National Trust s’engage pour préserver et protéger le littoral, les paysages et les bâtiments de l’Angleterre, au Pays de Galles et Irlande du Nord. Seule, l’Ecosse a son propre National Trust. »

« Le National Trust est bien connu pour sa protection des biens du patrimoine, y compris les maisons et jardins historiques, monuments et sites industriels ou de l’histoire sociale. Il est beaucoup moins connu pour la conservation du paysage et des espèces, mais tous les biens sont détenus à perpétuité, ce qui signifie qu’ils ne peuvent jamais être vendus ou hypothéqués. Il s’agit d’une protection très efficace et même ultime, non seulement pour la propriété ,mais pour toutes les espèces qui y habitent. De plus, ils possèdent les plus beaux sites d’Angleterre ; certains sont ouverts au public gratuitement. »

« C’est la plus grande organisation des membres au Royaume-Uni, et le plus important bienfaiteur, vu ses revenus et ses actifs. Les biens sont gérés dans l’intérêt public. Le personnel, les bénévoles et les locataires sont engagés quotidiennement pour rendre des sites visitables mais également pour la gestion des habitats et pour l’améliorer l’environnement. C’est une organisation professionnelle qui aide énormément à rendre le grand public conscient de la nécessité de protéger la nature. »

Que pensez-vous de la protection de la nature en France ?

« Ma réponse est peut-être mal informée, mais d’après ce que j’ai pu observer depuis le début de cette courte période de résidence dans le Lot, la conservation me semble plus difficile. La France manque des statuts des protections qui s’appliquent aux paysages, habitats et espèces. Par exemple, les forêts dans le Lot sont incroyablement belles et très riches en espèces. Et même quand elles sont étendues, j’ai remarqué que les espèces qui y habitent sont très touchées par une exploitation forestière s’exerçant aux mauvais moments dans l’année. »

« Depuis que je vis ici, j’ai vu de vastes zones de forêts abattues au printemps et en été, lorsque les insectes abondent ; ils sont même à leur pic , et les oiseaux ont besoin d’eux pour nourrir leurs petits. Les insectes, les oiseaux et les plantes sont détruits sans la moindre protestation. Dans la plupart des autres pays européens, l’acte fondamental de l’abattage des arbres est très bien réglementé. »

« Je suppose que l’une des plus grandes difficultés à lesquelles des organisations comme Lot Nature sont confrontées, c’est qu’elles manquent de soutien au niveau national. Dans de nombreux endroits, les questions économiques dominent sur les besoins de l’environnement. Ça doit être inversé. »

Alors, que pourrions-nous faire, éventuellement avec votre participation comme nouveau membre ?

« La communication est un outil puissant. Il faudrait montrer aux habitants du Lot comment la nature dans leur département est merveilleuse, comment les habitats sont exceptionnels et combien des espèces y vivent, mais en même temps montrer à quel point ces espèces sont fragiles et vulnérables. Les espèces, qui disparaissent à cause des espaces naturels mal protégés, peuvent ainsi être perdues à jamais. »

« Je pense aussi que la base de données, que Béatrice E. est en train de préparer pour Lot Nature, est un superbe outil qui répond à un besoin essentiel et fondamental pour le Lot. À l’avenir, les espèces peuvent être enregistrées et celles à risques peuvent être surveillées. Les changements dans une population des espèces, soit par l’intermédiaire du climat, des modifications dans la gestion ou de la destruction d’un habitat, seront donc remarqués dès le début. Cet outil devrait être repris par d’autres départements en France. Il serait idéal d’avoir une base de données nationale, mais je crains que cela ne se produise avant un certain temps. »

« Pour finir, j’estime que le site Web de Lot Nature est une source très utile et complète d’informations et d’échanges. Il s’agit d’un site que je fréquente régulièrement.

Ce sont donc deux projets à laquelle je tiens à contribuer. »

A quelles familles de papillons vous êtes vous particulièrement intéressé ?

« Ce sont les papillons micro. Les familles Tortricidae, Gelechidae, Pyralidae et Oecophoridae me donnent pas mal de travail à l’heure actuelle. J’essaie d’ajouter des nouvelles données à la base de connaissances grâce à la publication d’articles. Je travaille également sur deux séries avec Dr Patrice Leraut et Frantisek Slamka de la Slovaquie. »

« Dans notre ancienne ferme près de Gorses, nous avons la chance de recevoir des amis entomologistes de toute l’Europe, qui contribuent à cette base de connaissances. Plus que tout, je suis impatient de rencontrer par Lot Nature, des entomologistes qui vivent et travaillent dans ce département. J’espère qu’ils peuvent même être prêts à fournir des photographies de bonne qualité pour mon site Internet. »

Et pour nos membres … Qui est Robin Howard personnellement ?

« Une personne très heureuse. Je vis et travaille avec mon épouse Stephanie dans l’une des plus belles régions de la France, un paradis de plein air qui est ce département du Lot. Je partage mon temps entre Gorses et Oxford où vit ma mère âgée. Nous avons un fils, Sam, qui vit et travaille en Ecosse. Et pour votre information : ayant tout juste perdu un vieux compagnon entomologiste, mon chien, j’aimerais avoir bientôt un remplaçant pour les longues promenades, avec un filet et un appareil photo » conclut-il en souriant.

Robin Howard est un élu dans La Société Royale d’Entomologie (d’Angleterre), membre du SEL (lepidopterologica Societas Europaea) et le BENHS (British Entomological and Nature History Society).

Les statuts de conservation au Royaume-Uni sont les suivants :

Sites d’intérêt scientifique spécial

Réserves Naturelles Locales

Réserve naturelle nationale

Réserves naturelles marines

D’importance régionale, les sites géologiques

Un soutien additionnel donne les statuts de protection du paysage :

Les parcs nationaux

Aires d’une beauté naturelle exceptionnelle

Littoral du patrimoine des Zones naturelles scientifique

Statuts Européennes et Internationales de conservation :

Zones Spéciales de Conservation

Zones de protection spéciale

Sites du patrimoine mondial

Sites Ramsar

Réserves de la biosphère.

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3 Messages de forum

  • Entretien avec l’entomologiste Robin Howard : 13 novembre 2010 15:21, par Daniel Pareuil

    Merci Tineke pour cet interview qui est enrichissant et stimulant pour nous.

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  • Entretien avec l’entomologiste Robin Howard : 26 novembre 2010 17:50, par José GAS

    Je rajoute une remarque perso.
    J’ ai visité le site de Mr. Robin Howard, je me suis arrêté à la page d’ accueil.
    Je n’ ai pas la connaissance de la langue du Site.
    Il est dommage que le Site ne sois pas traduit en Français.

    José Gas

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  • Entretien avec l’entomologiste Robin Howard : 27 novembre 2010 10:52, par Jean-Pierre Jacob

    Puisqu’on en est aux remarques perso, il est bien dommage que l’Education Nationale française n’arrive pas encore à faire parler et comprendre l’Anglais à la majorité de la population. Avec la mondialisation et les voyages qui se développent, il faudra bien que les Français, même retraités ( ;0))))), s’y mettent.
    J’ajoute que la plupart des publications scientifiques font de plus en plus appel à la langue anglaise.
    Et puis les dictionnaires sont intéressants à ouvrir.
    Enfin les noms latins des naturalistes mettent tout le monde d’accord. J’ai des livres de botanique thaïlandais où je me retrouve parfaitement dans les titres des photos.
    Bonne journée à tous, Thailandais, Britanniques et Français etc…..
    JP qui voit avec satisfaction ce site et bien d’autres sauter les frontières grâce à Internet.

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