Photos réponse 33-2

Jeudi 7 octobre 2010, par Daniel Pareuil // Oiseaux mystère de Daniel

Vos réponses m’ont enthousiasmé et je ne pensais pas qu’un premier bain* attire autant de monde.

Un « sli-é » sympa à Jean-Jacques, William, Armand et Micheline.

Vous n’aurez pas manqué, je pense, d’admirer mes belles moustaches** qui tirent déjà sur le jaune et mon bec conique, assez fort, d’un rose soutenu.

Mes plumes sont bien mouillées, mais les couvertures scapulaires*** aux centres noirs et frangées de blanc ne vous auront pas échappé. Mes grandes couvertures sont aussi frangées de blanc et témoignent de ma juvénilité.

Il fallait avoir l’œil, pour voir que le mien est entouré d’un cercle oculaire blanc jaunâtre ****, je vous l’accorde.

Mais ce bain, cela n’a pas été tout seul, vous savez !

Heureusement, il y avait maman pour m’accompagner. Voyez plutôt !

L’Adrech, lavogne de Drigas (causse Méjean) (Hures-La-Parade) (48), le 06/09/2010, Daniel Pareuil.

Sa tête est gris verdâtre, son bec rose, les couvertures scapulaires *** de son plumage sont comme les miennes et ses flancs sont légèrement brun orangé.

Je ne sais pas pourquoi je crie, mais vous pouvez en profiter pour voir les mandibules busquées de mon bec. Mon cercle oculaire est davantage visible et ma poitrine est mouchetée de sombre.

L’Adrech, lavogne de Drigas (causse Méjean) (Hures-La-Parade) (48), le 06/09/2010, Daniel Pareuil.

Là je suis plus calme et vous pouvez découvrir que moi aussi j’ai les flancs légèrement brun orangé.

Sous les moustaches (espace sous-mustacien) **, le trait malaire ** est déjà bien marqué.

Et puis, il y avait papa aussi.

Lui, il est resté sur les cailloux, surveillant avec attention les alentours et celui qui nous observait.

L’Adrech, lavogne de Drigas (causse Méjean) (Hures-La-Parade) (48), le 06/09/2010, Daniel Pareuil.

Il est tellement typé qu’il est facilement reconnaissable : flancs nettement brun orangé, moustache jaune **, trait malaire sombre **, gorge jaune, tête gris verdâtre, bec et pattes rose soutenu. Après m’avoir découvert, puis maman et papa, vous savez sans doute le nom qui nous est octroyé.

Maintenant, je vais laisser celui qui m’a un peu gêné et inquiété avec son appareil braqué sur moi, vous le dire.

Notre oiseau mystère 33-1 est un juvénile de Bruant ortolan Emberiza hortulana.

Les moustaches ** et le bec conique sont typiques des Bruants. Le bec rose soutenu nous guidait vers l’espèce.

Néanmoins d’autres oiseaux ayant un trait malaire marqué **, sont pourvus de moustaches **, tels les Pipits, Bergeronnettes et même les Alouettes.

Pipit s.p. et Bergeronnette s.p. ont un bec fin.

Chez les Alouettes, s’il y a un espace sous-mustacien **, celui-ci est large et s’étend jusqu’aux parotiques (joues). Le bec est fort mais il est différent dans la forme.

Hormis les moustaches **, la tête ne présente pas de motif, comme par exemple un sourcil. Cela devait éviter les confusions.

Chez les Bruants juvéniles et immatures premier hiver, la couleur du croupion doit nous permettre de différencier certaines espèces proches, mais le bec doit être étudié de près.

Celui de notre oiseau mystère 33-1 est rose soutenu et non couleur chair jaunâtre comme chez le Bruant proyer Miliaria calandra.

Dans le Paléarctique Nord, deux autres espèces de Bruant ont le bec rose soutenu.

Ce sont le Bruant cendrillard Emberiza caesia et le Bruant à cou gris Emberiza buchanani. Les juvéniles ou immatures premier hiver de ces deux espèces, vivant, l’un en Asie mineure et l’autre au Moyen-Orient, sont difficiles à distinguer entre eux et du Bruant ortolan.

Là aussi la couleur du croupion et la perception de petits détails de plumage ont une grande importance.

Faisons davantage connaissance avec le Bruant ortolan.

Il fait partie d’une grande famille comprenant de nombreuses espèces en Europe, en Asie, en Afrique ou sur le continent américain.

Le bec conique aux mandibules busquées et un chant relativement simple d’un même style sont caractéristiques de l’espèce.

Parmi les autres espèces de Bruants, nichant en France métropolitaine : Bruant des roseaux Emberiza schoeniclus, Bruant jaune Emberiza citrinella, Bruant zizi Emberiza circlus, Bruant proyer Miliaria calandra, Bruant ortolan Enberiza hortulana, Bruant fou Emberiza cia, Bruant mélanocéphale Emberiza melanocephala (occasionnel), les Bruants fou et ortolan se distinguent par leur chant un peu plus élaboré et surtout par le fait qu’ils sont migrateurs.

Le Bruant ortolan est un migrateur au long cours, ses quartiers d’hiver se trouvent au Sud du Sahara, au Soudan, en Ethiopie.

L’arrivée en France se situe de la mi-avril à la mi-mai et le départ, de septembre à octobre.

C’est un oiseau assez coloré.

Gros Cau, causse de Blandas (Rogues) (30), le 03/05/2006, Daniel Pareuil.

Le mâle est plus coloré que la femelle ou l’immature de premier hiver, comme vous avez pu le voir dans les photos précédentes.

Gros Cau, causse de Blandas (Rogues) (30), le 03/05/2006, Daniel Pareuil.

Le voici de dos. Notez la couleur du croupion, c’est un critère important pour différencier les espèces.

Il consomme des graines mais aussi des invertébrés, surtout durant son séjour estival chez nous.

Il apprécie des espaces ouverts, caillouteux, dénudés et parsemés de quelques buissons.

C’était l’oiseau des vignobles, mais le caractère industriel et les traitements pesticides ont mis fin au choix de l’oiseau.

L’espèce au statut « Nicheur et migrateur peu commun » est en régression du fait des pratiques agricoles intensives et de la fermeture des milieux en France et en Europe.

A cela nous pouvons ajouter la chasse et le braconnage que l’oiseau subit.

Sujet tristement célèbre et toujours d’actualité :

Voyez cet appel de Alain Bougrain-Dubourg président de la L.P.O. à l’état français.

http://www.lpo.fr/index.php?option=com_content&view=article&id=766&Itemid=53

L’espèce n’était pas protégée en 1997 et ne possédait pas de statut !

Curieux, vous ne trouvez pas ?

Sa protection date de 1999.

Et dans le département du Lot, l’espèce est-elle encore présente ?

Oui, mais en faible quantité et plus particulièrement dans la partie Sud.

En témoigne cette photo :

La Truque de Bourdille (Villesèque) (46), le05/05/2009, Daniel Pareuil.

Au début de la réponse, j’ai évoqué le « premier bain* », c’est une interprétation de ma part, voulant montrer l’importance de la protection des adultes envers le juvénile. Elle peut être réelle mais n’est pas étayée scientifiquement.

Cette protection, nous pouvons l’observer également à divers moments de la période nuptiale, tel ce couple qui vole de concert, l’un surveillant les alentours, tandis que l’autre est occupé à la recherche de nourriture ou à la quête de matériaux. C’est un bon indice de nidification !

Souvent l’observateur distingue en premier celui qui fait la surveillance : cet oiseau attire sur lui les regards et protège l’autre de cette façon.

Une petite note importante :

Les photos du bain ont été prises à la Lavogne de Drigas, petit village du causse Méjean faisant partie de la commune de Hures-La Parade.

Un très bel endroit, voyez plutôt :

Lavogne de Drigas (Hures-La Parade) (48), le 29/09/2010, Daniel Pareuil.

Et que dit ce panneau ? Je vous laisse le découvrir !

Et plus encore !

Tout le monde est acteur : les enfants de l’école, le Parc, la commune et les habitants du village, c’est magnifique !

Personnellement, j’aime beaucoup les dessins que les enfants ont réalisés. Ils nous montrent qu’ils ont bien compris quelles étaient les espèces à préserver dans ce biotope.

Lors de la réhabilitation de cette Lavogne, des buissons ont été conservés. Les oiseaux y trouvent également leur compte.

Ne pourrait-on pas faire la même chose dans le Lot avec nos petits lacs ?

Quel bonheur si cette interrogation trouvait une réponse positive !

A bientôt et avec plaisir.

** moustaches : Il s’agit de l’espace sous-mustacien (sous les moustaches) en réalité. Je ne parle pas des véritables moustaches. ** trait malaire : Il souligne l’espace sous-mustacien.

*** couvertures scapulaires : Plumes couvrant l’épaule. **** cercle oculaire : Cercle entourant l’œil de l’oiseau.

Voir la topographie de l’oiseau en première page des guides.

Le causse Méjean est en Lozère.

L’association A. L. E. P. E. regroupe des naturalistes locaux. Voici le lien pour accéder à leur site :

http://alepe.servhome.org/

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