Deux attitudes différentes en face de milieux naturels qui évoluent.

Laisser faire la Nature, ou non, dans le Lot ? en Camargue ?

Doit-on laisser la forêt lotoise pousser en paix ?

Dimanche 18 décembre 2011, par Jean-Pierre Jacob // 200. Conseil Général : Développement durable. Espaces naturels sensibles.

"Ce problème renvoie plus généralement à la nécessité d’arbitrer entre une demande de confort ou de développement économique à court terme et la préservation des grands processus écologiques sur le long terme, processus dont dépendent les êtres humains autant que les autres espèces vivantes."

1) Laisser faire la nature dans le Lot : Espaces Naturels Sensibles ou Espaces embroussaillés ?

Lu dans la Dépêche du Vendredi 16 Décembre ce court extrait d’une discussion sur la biodiversité et la gestion de milieux naturels à propos des Espaces naturels sensibles de notre département :

" Sur la biodiversité, Michel Roumégoux a fait entendre sa différence : « Je préfère une politique avec des espaces embroussaillés que des espaces naturels sensibles, il y a un million d’espèces d’insectes inventoriés, il faut relativiser ces questions ». Pas question pour Gérard Miquel de transiger sur les Espaces Naturels Sensibles : « Je dis à ceux qui veulent qu’on laisse faire la nature que c’est une erreur fondamentale ». Sur la biodiversité le propos est plus mesuré : « Il faut préserver sans intégrisme »."

Au delà d’un affrontement politique prévisible, les deux élus représentent deux courants de pensée habituels face à la nature : laisser faire ou gérer.

Deux lectures, orientées dans le sens que j’affectionne, de laisser la nature autour de soi un peu tranquille

a) le livre de François Terrasson "La peur de la Nature"

b) le livre de Jean Claude Génot "La Nature malade de la gestion " aux éditions Sang de la Terre

Conclusion personnelle : les ronces de nos lisières lotoises et les arbustes de nos sous-bois sont des plantes qui, même et surtout dans les Espaces Naturels Sensibles, méritent le respect et une étude botanique approfondie, avec un inventaire précis de la faune qu’ils font vivre, insectes et autres animaux non encore repérés.

2) Laisser faire la nature en Camargue : faut-il détruire les moustiques ?

Face aux moustiques, en Camargue, les autorités ont organisé des démoustications qu’elles se préparent à renouveler en utilisant un insecticide biologique

Des chercheurs experts en biodiversité réagissent à ces démoustications systématiques par ce texte paru dans le journal Libération qui invite à ne pas désorganiser les écosystémes et à les laisser évoluer naturellement, donc plus simplement à "laisser faire la nature".

La Camargue est l’un des derniers sites naturels sur un littoral méditerranéen français rongé par l’urbanisation, l’industrialisation et les infrastructures touristiques. Au-delà de ses paysages emblématiques, la Camargue est une zone humide d’une valeur écologique exceptionnelle, recélant une grande richesse d’espèces et de milieux qui font d’elle un joyau de la biodiversité européenne. Elle est également un exemple remarquable de conciliation entre les activités humaines et le maintien d’une forte naturalité à travers un projet de territoire construit par un parc naturel régional et une réserve de biosphère.
Ce patrimoine unique est aujourd’hui menacé par une campagne de démoustication menée à titre expérimental depuis août 2006 (l’arrêté préfectoral autorisant sa reconduction doit être signé le 20 décembre par le préfet des Bouches-du-Rhône).
Visant la réduction des nuisances occasionnées par les moustiques dans deux villages du sud de la Camargue, la démoustication s’effectue par épandage d’un agent biologique (le BTI, Bacillus thuringiensis israelensis) sur une surface de 6 500 hectares, comprenant des espaces naturels dédiés à la protection de la biodiversité.
Les résultats de cinq années de suivi scientifique ne laissent aucun doute quant à l’effet délétère de cette démoustication sur les écosystèmes camarguais. Le BTI tue les larves de moustiques, mais aussi celles d’autres espèces de diptères comme les chironomes qui sont consommés par une grande diversité d’espèces aquatiques et terrestres. Des répercussions rapides et d’une ampleur inattendue ont été observées chez les libellules, les araignées, les passereaux des roselières et les hirondelles. En détruisant un maillon de base des chaînes alimentaires, c’est l’ensemble des interactions entre espèces qui s’en trouve bouleversé.
Or les enjeux d’une telle expérimentation sont explicites. Il s’agit exclusivement d’une démoustication « de confort ». Elle n’est en rien justifiée par des mesures de prévention contre des maladies émergentes (chikungunya, dengue ou virus du Nil occidental) qui sont transmises par des espèces de moustiques peu communes en Camargue et non visées par les traitements actuels. Bien au contraire, la poursuite de cette action augmente les risques sanitaires pour au moins deux raisons.
Premièrement, la présence d’une quarantaine d’espèces de moustiques en Camargue réduit les risques d’implantation des espèces vectrices de ces maladies du fait de la compétition que peuvent exercer les moustiques autochtones à leur encontre. D’une façon générale, on sait que toute réduction de la biodiversité tend à favoriser l’installation et la prolifération d’espèces exotiques, comme le sont les moustiques qui transmettent ces maladies.
Deuxième raison, à plus large échelle, l’absence de démoustication en Camargue faisait de ce territoire un réservoir sensible aux insecticides en plein cœur des régions du littoral méditerranéen traitées de longue date. On sait maintenant que la résistance au BTI est parfaitement possible pour les moustiques. Afin d’éviter une évolution rapide de la résistance et pour conserver des solutions efficaces si des interventions véritablement sanitaires s’avéraient nécessaires, il est donc primordial de conserver ce refuge non démoustiqué en Camargue. L’utilité d’un réservoir non traité repose ainsi sur le même raisonnement qui pousse à limiter l’emploi des antibiotiques pour freiner l’émergence de souches pathogènes résistantes.
Ce problème renvoie plus généralement à la nécessité d’arbitrer entre une demande de confort ou de développement économique à court terme et la préservation des grands processus écologiques sur le long terme, processus dont dépendent les êtres humains autant que les autres espèces vivantes.
Au vu des résultats scientifiques et de l’engagement de la France à protéger la biodiversité, il nous semble urgent que le ministère chargé de l’Ecologie et de l’Environnement se saisisse de ce dossier et fasse cesser au plus vite la démoustication des espaces naturels dans l’enceinte du parc naturel régional de Camargue. Il en va non seulement d’une urgence écologique mais également d’un principe de précaution quant aux risques que la dégradation de la biodiversité représente pour la santé humaine.

Les signataires :

Robert Barbault Professeur à l’université Pierre-et-Marie- Curie (UPMC), Paris.

Gilles Bœuf Professeur à l’université Pierre-et-Marie-Curie (UPMC), président du Muséum national d’histoire naturelle (MNHN), Paris.

Jacques Blondel Directeur de recherche émérite CNRS au Centre d’écologie fonctionnelle et évolutive (Cefe), Montpellier.

Pierre-Henri Gouyon Professeur au Muséum national d’histoire naturelle (MNHN), Paris.

Jean-Dominique Lebreton Membre de l’académie des Sciences, directeur de recherche CNRS au Centre d’écologie fonctionnelle et évolutive (Cefe), Montpellier.

Yvon Le Maho Membre de l’académie des Sciences, directeur de recherche CNRS à l’Institut pluridisciplinaire Hubert-Curien (IPHC), Strasbourg.

Doyle McKey Professeur à l’université Montpellier-II.

Michel Raymond Directeur de recherche CNRS à l’Institut des sciences de l’évolution de Montpellier (Isem), Montpellier.

John Thompson Directeur de recherche CNRS au Centre d’écologie fonctionnelle et évolutive (Cefe), Montpellier.

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3 Messages de forum

  • Laisser faire la Nature, ou non, dans le Lot ? en Camargue ? 18 décembre 2011 19:58, par Jean-Jacques Lacroix

    Oui sans doute il faut laisser faire la Nature dans le Lot. D’ailleurs elle n’a pas attendu avec l’énorme déprise agricole du siècle dernier le couvert végétal se généralise et l’observationdes photos du début du siècle dernier nous laisse sans voix devant le désert végétal dans lequel vivaient (obligés) en autarcie les lotois d’alors ; cette situation qui durait depuis plusieurs siècles nous a (malgré la culture du moindre lopin de terre sur tout le territoire) quand même légué une belle bio-diversité ; hélas ; alors qu’elle devrait croître maintenant il semble bien qu’elle soit menacée et c’est là que réside l’effet caché de l’embroussaillement.
    La chimie et les modes de culture du demi siècle(début des années 50) passé et actuel (mécanisation, monoculture, intrants divers) tuent, éradiquent là où le soc et la houe, même généralisés, ne faisaient que limiter les espèces. Le laisser faire la Nature est encore plus évidemment nécessaire sur les rivières ; même les organismes d’état, territoriaux vantent l’état sauvage de la Dordogne ; comment expliquer ces interventions (ridicules si elles n’étaient pas coûteuses) sur les berges et îlots non justifiées par la présence d’un ouvrage important. L’histoire est remplie de ces vaines et dommageables interventions humaines sur la Nature. Il vaut mieux perdre un crédit budgété si la longueur et le sérieux des études et de la réflexion permettent d’éviter une énième bêtise. Alors laissons un peu couler l’eau et reposer la terre. jjL

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  • Laisser faire la Nature, ou non, dans le Lot ? en Camargue ? 20 décembre 2011 09:53, par Tineke Aarts

    Bonjour,

    Les passages vient d’un article de la Dépêche, également publié sur le site Affinitiz de la Bouriane, donc apparemment le sujet est important. J’ai essayé de comprendre avec mon mari ce que le politiciens et le journaliste de la Dépêche ont voulu dire dans cet article. Nous n’avons pas réussi et rien compris.

    Il faut d’abord demander aux politiciens et aux journalistes d’être plus précis dans leurs propos. Je n’ai rien compris non plus du titre ’le Conseil Générale se félicite avec son agenda 46…’ C’est toujours bien de se féliciter soi-même… Et ils se félicitent avec quoi ? Je n’ai toujours pas la moindre idée…

    Voir en ligne : Le Lot invente son agenda 46

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  • Laisser faire la Nature, ou non, dans le Lot ? en Camargue ? 22 décembre 2011 23:50, par Daniel Pareuil

    Cette information sur la Camargue est capitale, merci Jean-Pierre.
    Une démoustication de grande ampleur a eu lieu, dans le passé, sur la côte languedocienne, après son bétonnage. Un rapport scientifique a montré qu’une catastrophe écologique aurait été déclenchée, si le procédé avait été étendu à la Camargue, comme prévu, du fait de l’adaptation des moustiques aux produits pour les détruire. (La deuxième raison).
    Quelle suite est donnée ?

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