Moratoires, forages en cours, désinformations...

Gaz de Schiste, partout en Europe ?

« Pays-Bas : Le film Gasland, c’est du Harrie Potter »

Mardi 22 février 2011, par Tineke Aarts // 889. Recherche des gaz de schistes.. actualités..risques...dégâts..

Un petit article, samedi 19 février, dans la presse aux Pays-Bas : la municipalité de Boxtel a donné un permis pour un forage d’exploration pour la recherche de Gaz de Schiste. Un deuxième forage est prévu non loin de cette commune à Helvoirt.

Le forage est confié à la société britannique Cuadrilla qui a déjà procédé à des forages exploratoires, très controversés, dans le Lancashire en Angleterre. Pas un mot dans la presse Néerlandaise sur la controverse autour de ces forages, ni sur les moratoires qui sont demandés ailleurs. Pourtant, le Centre Tyndall pour le changement climatique à l’Université de Manchester, et Huw Irranca Davies, du parti travailliste, veulent un moratoire dans ce pays, jusqu’au « on en sait davantage sur l’impact environnemental.  »

Notamment ils souhaitent disposer des résultats du United States Environmental Protection Agency ; une étude très attendue et due à la fin 2012. Un brouillon de ce rapport, avec les résultats non confirmés, est déjà publié par EPA et à consulter sur l’internet. Dans l’étude est constatée que les situations géologiques d’une région à l’autre peuvent varier et avec cela, les produits chimiques dont ils ont besoin, et d’autres risques liés aux forages hydrauliques horizontaux.

Moratoires demandés pour New York, Québec et Angleterre

Un BBC-documentaire ‘Is extraction of shale gas by fracking safe  ?’ montre qu’il existe des inquiétudes entre scientifiques concernant les produits chimiques, qui sont indispensables pour la fracturation. Les risques pour la contamination d’eau ne sont pas à exclure. Exactement pour ce risque, l’Etat de New York a exigé un moratoire depuis décembre 2010. Les politiciens ne risquent pas une contamination de l’eau potable de la ville de New York.

Les Québécois réclament un moratoire complet. Un sondage mené en janvier 2011 auprès des membres du Réseau des ingénieurs du Québec révèle que 59% sont défavorables à l’exploitation du Gaz de Schiste. Les ingénieurs pensent que les entreprises ne disposent pas de l’expertise nécessaire. De surcroit, il manque un encadrement juridique sur la prospection et le développement de cette filière. Les ingénieurs sont inquiets à propos des nombreux enjeux environnementaux et les risques d’accidents écologiques. Dans de nombreux puits en Amérique, des fuites d’eau contaminée ont été constatés.

Gaz de Schiste : politique bien orchestrée en France

En France, sans aucune information, le gouvernement a offert à des sociétés le droit d’explorer le sous-sol à la recherche du Gaz de Schiste. Les permis ont été donnés par le ministre d’écologie Borloo en 2010. Ensuite, et cela n’est pas une coïncidence, le Conseil des Ministres a approuvé le 19 janvier 2011 une ordonnance portant codification de la partie législative du Code Minier en vue de "moderniser et simplifier les dispositions applicables aux exploitations minières en veillant à leur intégration dans l’environnement".

Suite à la vive polémique lancée par les écologistes, la nouvelle ministre Nathalie Kosciusko-Morizet, qui a hérité du dossier, a exigé le 14 février 2011 un moratoire pour les industriels détenteurs de permis de recherche. D’abord la ministre exige que les risques liés à ces explorations sont étudiés ; une mission confiée au CGIET et au CGEDD. Leur rapport d’étape sera remis le 15 avril pour des conclusions attendues, avant fin juin.

L’étude est donc confié à le Conseil General de l’industrie, de l’énergie et des technologies, créé en 2009, et chargé de la mise en œuvre des dispositions statutaires applicables aux ingénieurs du Corps des Mines. Au-delà des questions de gestion administrative, il accompagne individuellement les ingénieurs des mines au cours de leur carrière. Le CGIET comprend des membres permanents : ingénieurs généraux des mines et contrôleurs généraux économiques et financiers.

Des décisions freinées, des patrons ‘agacés’

Ce n’est pas sûr qu’on puisse avoir confiance dans ces études, quand on constate que l’opération Gaz de Schiste a été orchestrée par l’Etat et les sociétés pétrolières. Ce n’est pas encore joué, seulement freiné. Le PDG de Total, Christophe de Margerie, s’est dit dans plusieurs entretiens d’être ‘agacé’ par la polémique. « C’est bien de parler des problèmes que cela peut se poser – si un jour il y en a – mais aujourd’hui il n’y en a pas. »

Son collègue en Angleterre, le PDG de Cuadrilla, Marc Miller, dit exactement la même chose dans la presse d’Angleterre. Son message : les opposants ne savent pas de quoi ils parlent et n’ont en rien compris.

Si nous ne disposons pas de toutes les informations, c’est parce qu’ils ne les nous donnent pas. Mark Miller assure qu’en Europe nous n’allons pas rencontrer les mêmes problèmes qu’aux Etats Unis car ils ont de meilleures techniques. Néanmoins, personne ne peut nier, que la technique pour trouver le Gaz de Schiste est sale et qu’elle demande une grande consommation d’eau. Même sans des accidents majeurs, la technique provoquera une catastrophe écologique sur le long terme. Autrement dit : pour la prochaine génération.

Les reproches de ces deux patrons ne sont pas justifiés. Un vrai débat sur ce sujet majeur, avant que les décisions soient prises, est une obligation démocratique.

Comment les décisions ont été prises aux Pays-Bas ?

Aux Pays-Bas, c’est donc la société Cuadrilla, connue en Angleterre, qui va mener les forages dans le sud de Pays. En septembre 2010, le député Van Tongeren (parti Les Verts) a posé des questions à la ministre des Affaires économiques concernant l’exploitation de gaz de Schiste.

De la réponse du ministre on apprend que l’Etat participe avec ‘Energie Beheer Nederland’ pour 40% dans les entreprises que font les forages. Le ministre a dit que les forages « nécessitent un très faible pourcentage de produits chimiques ajoutés à l’eau et de sable. La composition des produits chimiques est un secret d’entreprise, vue la grande concurrence dans le marché des sociétés pétrolières. »

Néanmoins a-t-il ajouté, l’Etat obtiendra par son superviseur officiel toute information sur la composition des additifs chimiques utilisés.

Concertations avant que les permis soient donnés

Il y a des différences entre la France et les Pays-Bas. D’abord, la municipalité de Boxtel, qui considère le projet très intéressant au niveau financier, a donné toute sa collaboration à Brabant Ressources : le consortium de l’Etat avec l’entreprise britannique Cuadrilla. La commune a également appliqué toutes les procédures, par exemple concernant les concertations.

Sur le site de la commune on peut lire quelles sont les nuisances pour les habitants pour la période d’essaie d’environ six mois ; pendant les activités de construction du chantier, les opérations de forage, le gaz torché au cours des essais de production, jusqu’au démantèlement et l’élimination de la plate-forme.

Le chantier se trouve à une distance de 250 mètres des maisons et va fonctionner 24 heures par jour. La commune prendra de mesures réglementaires pour éviter que les camions ‘des dizaines par jour’ traversent ce ‘village’ de 30.000 habitants, ainsi que pour répondre aux exigences concernant les nuisances.

Brabant Ressources se déclare responsable pour tout dommage physique ou d’intérêts et cet argument financier est primordial. Déjà dans les documents stratégiques concernant l’énergie, on a donné des conseils au gouvernement Néerlandais : pour obtenir les soutiens nécessaires. il est indispensable de bien faire profiter financièrement les habitants proches des chantiers ‘Gaz de Schiste’.

Pays-Bas : Silence autour des pollutions chimiques

La commune de Boxtel déclare ouvertement que le sol pourrait être contaminé par les activités de forage. Ils vont prendre des mesures pour lutter contre la pollution du sol et les eaux souterraines. Des tests seront effectués avant et après le chantier. L’eau de forage sera nettoyée et réutilisée. L’excès d’eau et de boue de forage contaminées par forage des pétroliers seront transportées vers un site d’enfouissement ou de traitement des eaux usées.

Comparé à la France, où les collectivités locales contre le Gaz de Schiste se mobilisent vivement, on ne trouve guère des informations aux Pays-Bas sur les produits chimiques utilisés où sur le processus du forage. Partout il est souligné, suivant la réponse du ministre, qu’il s’agit seulement de 0,5 % de produits chimiques dans l’eau ; ils ne disent nulle part qu’une fracturation demande une quantité d’eau de 9 à 29 millions de litres par puits pour l’ensemble de cycle. Ils ne parlent pas non plus de l’incertitude concernant le recyclage du l’eau injectée.

Surface comme le Lot : 4,5 millions litres de produits chimiques !

Les entreprises ne peuvent fracturer le sous-sol que sur une petite surface par puits. C’est un autre désavantage de cette technique controversée. Cela se voit bien à Brabant, qu’est une région très urbanisé (497 habitants/km2) avec une surface comparable au département du Lot. Le PDG Miller a déclaré avoir besoin de 100 puits !

Sans doute que l’exploitation de Brabant va être rentable, vus les investissements et le prix du pétrole. Mais l’exploitation demandera cent plateformes, au minimum 900 millions litres d’eau, et 4,5 millions de litres de produits chimiques !

On sait que les produits chimiques s’accumulent petit à petit dans l’eau, l’atmosphère et le (sous) sol. Les premières personnes qui vont en souffrir sont les femmes enceintes et les enfants. Et on ne parle même pas des animaux ; les abeilles – qui, avec leur constitution plus fragile que la nôtre, souffrent déjà des pollutions. Leurs disparitions nous alertent.

Risque d’accidents jamais à exclure

Dans un pays peuplé comme les Pays-Bas, qui possède une industrie pétrochimique importante autour de Rotterdam, les exigences pour répondre à la sécurité et les nuisances sont strictes. Néanmoins, des accidents sont inévitables. Début janvier il y a eu un gigantesque incendie sur le terrain de la société Chemie-pack dans le Moerdijk.

L’entreprise disposait de la liste obligatoire des produits chimiques stockés sur le terrain, mais les pompiers n’arrivaient pas à la déchiffrer et elle n’était pas actualisée. L’Etat avait promis d’informer les habitants sur les produits diffusés dans l’atmosphère, mais jusqu’à maintenant on ne possède qu’une seule déclaration : il n’a pas de risques pour la santé publique.

Censure du film Gazland

Pour le deuxième forage, prévu à Helvoirt, une concertation avec habitants a été organisée. Cette fois-ci, il y a eu de l’opposition et par conséquence tout de suite il y avait des problèmes. Un médecin épidémiologiste, Jan Willem Atsma, avait demandé de montrer un fragment du film Gazland. Au moment suprême, la projection a été interdite par Brabant Ressources avec les mots : « Ce film, c’est du HARRIE POTTER. »

L’épidémiologiste a quand même informé les habitants sur les risques liés aux produits chimiques injectés et sur les substances toxiques qui vont se libérer dans la terre. Le résultat ? Les Pays-Bas connaissent maintenant un seul comité d’action à Helvoirt.

Une oligarchie nous dirige ?

Malgré des différences entre pays, nulle part la population n’a été complétement et honnêtement informé. Le processus autour ce sujet majeur donne des arguments aux écrits du journaliste du Monde, Hervé Kempf, dans son livre ‘L’Oligarchie ça suffit, vive la démocratie.’ Les choix politiques ne semblent plus délibérés réellement, mais dominés par certaines entreprises mondiales. La discussion ‘Gaz de Schiste’ s’agit donc également de la question : comment nous sommes gouvernés ?

Les patrons du Total et Cuadrilla sont pressés et dans l’urgence pour faire passer leurs projets ‘Gaz de Schiste’ controversées à l’Europe. C’est le monde financier qui leur demande des résultats, la concurrence est importante, et les Etats espèrent de profiter des investissements.

Les sociétés pétrolières ne supportent pas le débat

Les patrons des sociétés pétrolières ne supportent pas des débats ou des concertations. De surcroit, ils refusent d’admettre qu’il y a des risques écologiques sur le court et le long terme avec des techniques toujours plus sales et risquées. Les inquiétudes des habitants sont justifiées. Il suffit de penser aux catastrophes récentes, et pas seulement aux Pays-Bas, causées pas les sociétés pétrolières ou chimiques dont les intérêts financières et politiques sont liés.

Les patrons de ces sociétés nous font croire qu’il n’y a pas d’alternatives. Ce n’est pas vrai ; ils ne veulent pas en entendre parler parce que ce n’est pas eux qu’en profitent. L’industrie des énergies vertes pourrait être prometteuse, si les gouvernements européens faisait le choix sans ambigüité pour cette démarche ce qui n’est aujourd’hui pas le cas. Dans plusieurs pays, les subventions pour l’énergie solaire baissent, il y a même des moratoires…

On peut qu’espèrer que ce débat autour de sujet Gaz de Schiste débouche sur un vrai changement…

Tineke Aarts est membre du CA de Lot Nature. Elle a publié aux Pays-Bas un livre-bestseller sur les comportements des patrons : Leven met een baas (se traduit par ‘Vivre avec un patron’), avec Carien Verhoeff, éditions De Boekerij, Amsterdam 2000 et le roman Familiebezit, éditions Arena, Amsterdam 2004.
Sources :

EPA United States Environmental Protection Agency, Draft plan to study the potential impacts of hydraulic fracturing on drinking water resources, February 2011

CNN. New York could be first state to ban controversial drilling practice, Sarah Hoye, 2 décembre 2011

Blog Preston Environment vs. jobs : Lancashire’s shale gas drilling investigated, Jake Ryan, 12 fevrier 2011

Energieraad. ’Herwaardering aardgas nodig’ 4 novembre 2010

Trouw. Straks een gasbel voor iedereen, 9 fevrier 2011

Fd Selections. Lokaal verzet tegen boring schaliegas, Gijs den Brinker, 9 février 2011

www.nu.nl Gasboringen in Brabant aanstaande, 19 fevrier 2011

Trouw. Gasboringen in Brabant aanstaande, 19 fevrier 2011

De weekkrant.nl Helvoirts bewonersprotest tegen proefboring naar gas de Meierij, 18 janvier 2012

Weblog Erik van den Dungen Mag het een gaatje meer zijn ; schalie gas in Helvoirt…what’s next ? 19 Janvier 2011

Gemeente Boxtel projecten. Proefboring Schaliegas

Brabants Dagblad. Vragen over gasboring 14 janvier 2011

Brabants Dagblad. Proefboring naar Boxtels gas op industrieterrein Vorst 11 octobre 2010

Les risques du gaz de schiste sont de plus en plus dénoncés en Europe, par Gwendal Perrin, Mercredi 19 janvier

Site Argent. Gaz de schiste : les ingénieurs souhaitent un moratoire, Quebec, 16 février 2011

Enviro2B. GAZ DE SCHISTE – Les industriels reçus au ministère, 14 févriér 2011.

Le.figaro.fr. Gaz de schiste : le PDG de Total "agacé, 11 fevrier 2011

La dépêche, Total va investir 1,6 milliard d’euros en France en 2011, 11 février 2011.

CDurable.info. Gaz et huiles de schiste : Corinne Lepage attaque le nouveau code minier devant le Conseil d’Etat , 15 fevriér 2011

http://www.cgiet.org/

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