Objet d’étude inédit

Tela Botanica, un réseau social de botanistes, jeune et innovant

Une communauté "sachante et apprenante"

Samedi 11 décembre 2010, par Jean-Pierre Jacob // 660. Tela Botanica, un réseau social de botanistes

Tela Botanica, une présentation du réseau de botanistes

Utilisation des outils de Tela Botanica

Une video de l’INRA au salon de l’agriculture 2009

Tela Botanica, sujet d’étude : extrait de Wikipedia

Comme tous les grands wikis, réseaux sociaux et formes émergentes de travail collaboratif, Tela Botanica intéresse aussi des observateurs extérieurs, notamment dans le domaine des sciences citoyennes, des sciences sociales ou organisationnelles.

Ainsi, des chercheurs de l’Université du Québec à Montréal ont étudié de 2008 à 2010, sous la direction de Serge Proulx, le fonctionnement du réseau Tela Botanica .

Ils se sont intéressés aux pratiques de construction et d’organisation des savoirs et du nouvel environnement collaboratif, ainsi qu’aux motivations des acteurs du réseau (professionnels confirmés, amateurs…).
Ils se sont aussi intéressés aux fonctions du bulletin (7700 abonnés en 2010), ouvert aux contributions de tous et qui permet des commentaires attachés aux articles, autorisant l’annonce d’événements et d’offres d’emploi.
Ils ont étudié les mécanismes de production de bases de données (supervisées par des professionnels), les ressources bibliographiques en ligne et les espaces collaboratifs de projet permettant à des membres de développer des sous-projets spécifiques.

Ces chercheurs ont exploré le site et ses fonctions par la méthode de l’observation participante ainsi que par des entretiens, et des groupes de discussion.

Ils ont conclu que Tele Botanica est à la fois un réseau social de botanistes francophones ayant des idées à partager, une plate-forme Web, un portail et une source d’informations régulièrement mises à jour ; une communauté épistémique engagés dans la production de connaissances collectives.

Le réseau présente aussi, selon eux, à la foi sles caractéristiques d’une association à but non-lucratif et celles d’une organisation innovatrice gérée selon un modèle « quasi-business » ; capable de participer à des projets locaux comme à des projets de recherche internationaux, et capable de construire et organiser un bien commun, en mettant l’accent sur les comportements proactivement sociaux, de collaboration mutuelle, et de production de biens collectifs.

Tela botanica, une « communauté à double-voie », associant les traits de deux modèles de production habituellement séparés.

Selon ces mêmes chercheurs, Tela botanica est une sorte de « communauté à double-voie », qui a su associer les traits de deux modèles de production habituellement séparés ;

1) le premier est celui d’une production substantielle, de type professionnel et communautaire, venant de membres fermement actifs et étroitement liés dans la « communauté en ligne » (botanistes confirmés ou encadrée par les pairs) ;

2) le second est une production ouverte et basée sur le crowdsourcing, sur des « micro-participations » venant de nombreux membres, souvent anonymes, liés par des « liaisons faibles » .

En interne, des interactions complexes entre botanistes amateurs et professionnels.

Cela permet à Tela Botanica d’être une communauté sachante et apprenante ; qui est à la fois une communauté de pratiques (qui développe collectivement les compétences de tous et chacun dans les domaines de la botanique), et une communauté épistémique, constitué d’un réseau de professionnels experts. « Ce qui est ici nouveau est que les experts et les non-experts font partie du même réseau de collaboration ».

Ceci conduit à des interactions complexes - en interne - entre botanistes amateurs et professionnels.

A l’extérieur, cela influe sur la manière dont le site est institutionnellement perçu.

Le réseau a du gérer des tensions avec une partie du réseau scientifique institutionnel, et peu à peu se faire reconnaitre comme acteur crédible du domaine, notamment pour s’inscrire dans des collaborations officielles .

Les sociologues, au travers de cet exemple, examinent aussi les moyens et possibilités pour des organisations à but non-lucratif d’agir de manière professionnelle ; ou pour des communautés fondées sur une collaboration volontaire de participer à des réseaux de recherche organisée de manière professionnelle.

Tela Botanica, un jeune réseau, une forme nouvelle d’organisation

Le réseau étant encore jeune, « quelle est la stabilité de cette forme nouvelle d’organisation, tant en termes d’organisation interne, que de reconnaissance externe, d’ampleur de ses projets, qualité de ses travaux, et ses relations et les connexions avec son environnement ? ».

« Tela Botanica est un exemple d’innovation organisationnelle qui n’est pas originellement bottom-up, mais qui combine le collectif et l’innovation. Il s’agit d’un hybride entre modèles à but lucratif/but non-lucratif qui s’engage dans l’innovation mené par la communauté, mais génère également des résultats professionnels » concluait S. Proulx en 2010.

P.-S.

Un résultat qui peut intéresser les habitants du Lot :

La liste des plantes du département

Le travail amorcé sur le premier site de Lot Nature en 2006 par le GAbLoN : Groupe d’Animation botanique de Lot Nature

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