Entretien avec Claudine Depasse, déléguée officielle de l’ASPAS dans le Lot

« La chasse en France a des effets néfastes pour la faune sauvage »

Jeudi 9 décembre 2010, par Tineke Aarts // 2. L’ASPAS dans le Lot : protection de la faune sauvage.

L’action judiciaire ainsi entreprise avait permis d’ôter de la liste lotoise un certain nombre d’espèces. Depuis la méthode de confection de cette liste a été modifiée de façon à éviter tout recours devant le tribunal administratif.

Je lui ai demandé pour Lot Nature ce que nous pourrions faire concrètement dans ce département pour mieux protéger la faune sauvage et les zones naturelles.

Claudine Depasse est originaire de la Picardie où elle a vécue jusqu’à 18 ans dans un petit village. Depuis sa petite enfance elle a observée la nature de près. L’observation est la meilleure méthode pour comprendre la nature, explique-t-elle.

« En observant, on découvre les comportements et les besoins de la faune ; la relation entre les espèces et leur milieu naturel, comment se crée l’équilibre entre toutes les espèces, végétales et animales. Ces différentes étapes constituent la chaîne alimentaire, la reproduction des végétaux, de la faune, etc. »

« Dès que l’homme intervient comme prédateur, l’équilibre de la Nature se déstabilise. Il serait plus judicieux qu’il favorise toutes les circonstances nécessaires pour lui permettre d’exister légitimement. J’envisage la mise en place, sur le département du Lot, de projets de sensibilisation, d’éducation et de création de refuges ASPAS pour la vie sauvage. »

Claudine Depasse, déléguée départementale de l’Aspas, photographiée dans son jardin à Salviac, aménagé pour la faune sauvage avec des mangeoires, des nichoirs, des petites mares et des espaces ou petites prairies composes de fleurs sauvages pour les abeilles et les papillons. Claudine veut stimuler la création des refuges pour la vie sauvage.

L’ASPAS est une association reconnue d’utilité publique et complètement indépendante, composée d’environ 12.000 adhérents, affiliée au Bureau Européen de l’Environnement. Pourquoi se positionne-t-elle systématiquement anti-chasse ?

« Il y a beaucoup de problèmes avec les chasseurs dont les effets sont désastreux pour la faune sauvage. La chasse en France est très présente et très forte, c’est un puissant lobby ; depuis le 4 mars 2010, il y a eu un accord entre les chasseurs et le Ministère de l’Education Nationale, qui encourage l’entrée du lobby « chasse » dans nos écoles. Il s’agit d’une véritable entreprise d’endoctrinement. C’est honteux car le prosélytisme est illégal. Nous avons donc lancé une campagne : Non aux chasseurs dans les écoles. Les chasseurs ne sont pas des naturalistes, ils n’ont pas à gérer l’éducation au développement durable, à la biodiversité et au respect de l’environnement. »

« Leur passion pour la chasse génère chez ces personnes une vision complètement déformée du fonctionnement de la faune sauvage. Elles privilégient les intérêts directs de leur activité et sont en perpétuelle concurrence avec les prédateurs naturels. »

« Les chasseurs sont également en concurrence avec d’autres activités de loisirs, la chasse se pratique également les dimanches et les mercredi après-midi. Cette année, depuis l’ouverture il y a eu au moins 28 morts enregistrés dont des enfants, mais aussi des ânes, des vaches, des chiens, des chats, des chevaux… L’ASPAS possède les chiffres de ces terribles accidents. »

L’ASPAS est reconnue pour son efficacité juridique dans le combat qu’elle mène pour faire respecter les lois. L’année derrière, l’association a contesté, avec l’aide de Lot Nature, l’arrêté 2009-2010 sur les espèces nuisibles, ainsi plusieurs espèces ont été enlevées de cette liste. Qu’est-ce que vous pouvez dire sur cette mission juridique ?

« C’est un autre problème. Il existe une législation européenne (Directives « Oiseaux », « Habitats Naturels » etc.), qui doit être appliquée. En France, ces lois ne sont pas très respectées, il est donc difficile de saisir les tribunaux administratifs pour tous les arrêtés qui ne sont pas conformes à la législation. Pour la saison 2010-2011 nos recours sur les arrêtés des « nuisibles » devant les tribunaux concernent 23 départements. »

« Par conséquent, nous avons des adhérents qui sont très déçus de voir que leur département ne fait pas partie de nos priorités. Il nous faut une véritable entreprise juridique pour faire face aux règles mal respectées. Pour moi, c’est une illustration de plus que les chasseurs et les pouvoirs publics n’assument pas leurs responsabilités sérieusement envers l’environnement. »

Dans le rapport Lefeuvre (1999), du ministère de l’environnement, on peut lire que la France est un pays de chasseurs. Il y a 1.650.000 chasseurs en France, contre 306.000 en Allemagne et 100.000 en Angleterre. En France, 65 espèces d’oiseaux étaient considérées comme « gibier pouvant être chassé », contre 8 en Belgique et 17 aux Pays-Bas.

« Le nombre de chasseurs est en train de diminuer, c’est pourquoi ils font campagne. Mais c’est clair que nous ne sommes pas un pays qui protège sa faune et sa flore. Vu ce grand nombre de chasseurs, il est d’autant plus regrettable que la législation soit si mal respectée. Ce sont ces derniers qui veulent faire la loi en disant qu’ils se préoccupent de « l’équilibre des écosystèmes et que leur compétence en la matière est exclusive ».

« Malheureusement, on constate par nos recours devant les tribunaux, qu’ils sont très passifs à l’égard des problèmes environnementaux. Excusez-moi, mais il s’agit, pour eux, d’un « loisir » dans une époque où la crise écologique se généralise et s’aggrave ! Les agriculteurs s’acharnent à défendre leurs cultures contre les soi-disant dégradations provoquées par la faune sauvage, comme on le voit dans d’autres pays. »

« Pour la plupart d’entre eux, cette discussion sur la sauvegarde de la faune sauvage ne les intéresse pas. Il y a dans ce département des chasseurs qui s’orientent vers une gestion naturelle des cultures et des terrains, ce qui apporte de multiples avantages. C’est le chemin vers le futur, mais je regrette quand cela fait parti d’une campagne et est inspiré par l’homme comme prédateur.  »

J’ai lu que l’association ASPAS revendique fortement son indépendance. Pour quelle raison ?

« A mon avis, il est essentiel que les organisations nationales soient indépendantes, cela leur permet d’agir en toute liberté vis à vis des pouvoirs politiques, agricoles, économiques et industriels. Il est important qu’elles aient une certaine dimension pour œuvrer efficacement au niveau juridique, pour sensibiliser le public et communiquer vers les adhérents afin de mener des actions concrètes de protection pour les espèces menacées dans leur ensemble. »

« Nos projets sont tous financés par les adhérents, les procès que nous gagnons, les ventes de produits de nos catalogues, les dons, etc. La gestion est stricte et surtout consacrée à la nature. Nous souhaitons une collaboration avec des associations de défense de la nature dans les régions et les départements. Dans le Lot, il y a par exemple l‘association Gadel qui fait un travail formidable pour faire respecter les lois. »

Si nos adhérents, ou les visiteurs de notre site, veulent donner refuge à la faune sauvage, que peuvent-ils faire concrètement ?

« Il est possible de protéger vos terrains ou parcs en zone de refuge ASPAS. Même pour un petit jardin où un balcon par exemple, il est possible également de le déclarer en refuge LPO (Ligue pour la Protection des Oiseaux). Cela est important pour plusieurs raisons : pour la Nature cela signifie que les méthodes naturelles et respectueuses de l’environnement sont privilégiées. Les sites ainsi gérés, participent à la construction d’une trame verte, une démarche de gestion écologique qui donne aux espèces l’espace dont elles ont besoin. »

« De plus, sur ces refuges ASPAS, la chasse est strictement interdite en application du Code de l’Environnement. Il suffit d’adhérer et de passer une convention avec l’Association qui s’engage à effectuer les démarches administratives et à en informer les différents acteurs (maires, chasseurs, adhérents, etc.). Elle peut vous assister juridiquement en cas d’intrusion avérée. Selon la surface de votre terrain vous commandez le nombre de panneaux souhaités. »

« L’ASPAS compte environ 5000 hectares de terrains en refuges. Dernièrement, environ 46 hectares ont été mis en refuges dans le Lot. »

La Conservatoire ESPACE a pour but l’acquisition foncière de milieux naturels. Quel est son rôle ?

« Le Conservatoire ESPACE a pour objectif de protéger à long terme des milieux naturels. Vous pouvez acheter une part de nature sauvage à 30 euros, ce qui correspond à environ 200 m2. Vous pouvez également signaler des terrains à vendre qui possèdent des caractéristiques intéressantes pour la faune et la flore sauvage. Par exemple : veilles forêts, falaises, éboulis, gorges, zones humides. Récemment, L’ASPAS est devenue propriétaire d’une magnifique forêt dans les gorges d’Allier en Haute Loire. »

Que pourrait-on faire au niveau de la sensibilisation ?

« Il y a encore un gros travail auprès de nos concitoyens et des élus locaux et régionaux. Comme cela se pratique dans d’autres régions, on pourrait organiser des ateliers et des chantiers avec les jeunes, les écoles et le grand public. Dans ce département, le Jardin Bourian organise ce type d’actions et c’est efficace. J’ai remarqué que les enfants sont sensibles envers l’environnement. Ce sont souvent eux qui expliquent aux parents comment trier les déchets, pratiquer un jardinage naturel, planter des fleurs attractives pour les abeilles, les papillons, etc. »

Et pour nos membres, qui est Claudine Depasse personnellement ?

« Une personne passionnée pour une vie en osmose avec la nature. J’ai mené durant huit ans des actions humanitaires au Pérou, avec les communautés autochtones andines. L’expérience m’a marquée car ces peuples ont une grande connaissance de la Nature, ils ont une relation sacrée avec la Terre Mère. Malgré leur situation très difficile dans les bidonvilles (réfugiés sur Lima), ils gardent leur fierté et un respect profond pour la Nature et leur culture. Nous avons beaucoup à apprendre de ces peuples et surtout il n’est pas nécessaire d’attendre la politique ; nous avons notre propre force. Ensemble, nous pouvons réaliser des projets très intéressants dans la région Midi-Pyrénées encore assez préservée. »

« Dans le Lot, il existe des milieux naturels uniques, très riches en diversité biologique mais fragiles. Ces espèces vulnérables n’ont aucune chance de survie dans des zones urbanisées. C’est une richesse patrimoniale, nous avons une obligation morale à la conserver. Sur le long terme, les habitants du Lot ont plus à gagner de cette diversité faunistique et floristique que de la vulgarisation qui règne aujourd’hui. »

La bienvenue à Claudine Depasse, qui est venue s’installer dans ce departement pour une retraite active, et également à son mari qui s’engage pour redonner la vie a l’ambitieux projet « Quercy rail ».

P.-S.

Pour créer un refuge LPO : http://www.lpo.fr/index.php?option=…

Pour créer un refuge ASPAS : http://www.aspas-nature.org/index.p…

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