Dimanche 10 mai 2015

Les oiseaux au cœur d’une exploitation agricole

Visite d’une ferme "Refuge LPO" dans une zone naturelle

Mardi 5 mai 2015, par Tineke Aarts // 109. Associations et organisations lotoises : sciences (Carrefour des Sciences), protection de l’environnement (GADEL, ASPAS, Cercle de Gindou etc..), presse indépendante (Lot en Action) etc...

Entrer chez eux, c’est se croire transporté dans une autre époque. Cachée par un immense tilleul plusieurs fois centenaire, apparaît une maison quercynoise en pierre, volets bleus de Lectoure et pigeonnier encore habité. Les pigeons volent par dessus le toit et déclenchent l’alarme. Effrayés, des dizaines d’étourneaux s’envolent d’une grange ouverte.

On entend et voit des oiseaux partout. Seule la basse cour ne semble pas dérangée par l’arrivée d’une voiture. Un chat dort, roulé en boule sur la pelouse ; une poule et un canard de Barbarie picorent paisiblement à ses côtés.

Ferme de Nicole et Louis Couchoud à Lalbenque (Photo Tineke Aarts)

L’installation de Nicole et Louis sur ce plateau quasiment inhabité n’a pas été une coïncidence. Passionnés par la nature, ils ont tout de suite remarqué l’intérêt écologique de ce paysage ouvert, fait d’une mosaïque de champs et prairies, de points d’eau, de haies et de bocages.

Depuis, de nombreuses études dans le cadre de ZNIEFF ont confirmé la richesse de l’avifaune, emblématique des milieux ouverts des causses.

D’autres inventaires montrent l’intérêt floristique : orchidées, plantes messicoles… Louis et Nicole présentent avec fierté une dizaine de rapports faits par des spécialistes qui ont parfois observé des espèces extrêmement rares.

Chevêche d’Athéna (Photo Couchoud)

Qui sont donc Nicole et Louis, propriétaires de ce beau refuge ? Comment arrivent-t-ils à intégrer cette passion pour la nature dans leur labeur quotidien ?

Nicole m’explique leur parcours singulier pour arriver en ce lieu magique. Louis est né en 1953 dans une famille d’agriculteurs pour qui l’intégration de principes écologiques n’était pas leur priorité. Louis ne souhaitait pas continuer selon ce modèle et se dirigeait vers une autre carrière. Nicole, d’origine citadine, a convaincu son mari de s’orienter vers l’agriculture biologique.

Oiseau nicheur : Chouette effrai (Photo Couchoud)

En 1978, ils s’installent en Savoie, pour produire du lait et fabriquer des fromages mais l’enracinement est difficile en montagne : terrain en pente et saisons trop courtes pour rendre possible la culture des céréales. Ils y resteront 20 ans.

Après deux années sabbatiques pendant lesquelles ils ont voyagé et visité 150 fermes, c’est le Lot qui offrait authenticité et possibilité d’une agriculture diversifiée (brebis, volailles, céréales, production de Safran) avec en outre un accueil touristique et écologique.

Chambres d’hôtes écologiques

Depuis, leurs chambres d’hôtes ont été labélisées « Accueil Panda » de WWF et « Accueil du Parc naturel régional des Causses du Quercy ». Nicole s’occupe de cet accueil rural avec table d’hôtes : les légumes viennent de leur potager, le pain, fromage, confitures et yaourts sont faits maison. Tous deux aiment faire découvrir la vie de la campagne aux visiteurs, une vie qui rend autonome et humble.

La sensibilisation devient urgente

Nicole constate que la sensibilisation à l’environnement devient de plus en plus urgente car les gens perdent le contact avec la nature. « Certains enfants ont peur de nos poules en liberté. Leurs parents sont pris de panique à l’apparition d’une guêpe et je ne parle pas des émotions provoquées par une couleuvre. Pourtant tous ces animaux vivent ensemble et en équilibre dans une ferme, c’est tout à fait naturel. »

Oiseau nicheur : Faucon crecerelle (Photo Couchoud)

Louis s’occupe des brebis et de sa grande passion, les céréales et les prairies. Il prend plaisir à semer des variétés adaptées au causse comme le triticale (un mélange de seigle et du blé). Quand il sème, les pigeons partent alerter leurs amis du coin, et certaines années, liées à la météo, il lui arrive de semer jusqu’à 30 % de plus.

Les oiseaux savent distinguer la qualité des semences, car quand un voisin sème des graines enrobées de pesticides, leurs pigeons restent indifférents.

Tous les ans, l’œdicnème criard niche dans leurs prairies et ses œufs sont repérés pour ne pas déranger la nidification lors de la fenaison. (Photo Couchoud)

Chez eux, un surplus de graines semées ou la délimitation d’une zone réservée à un oiseau nicheur, n’est pas considéré comme une perte mais comme un cadeau que leur fait la nature.

Bon travail du sol

La fiente des pigeons est précieuse et leurs terres leur permettent d’être auto-suffisants pour nourrir brebis et volailles. La faune sauvage y trouve donc un véritable refuge.

Les belles récoltes sont obtenues par un bon travail du sol : de nombreux engrais verts sont intégrés dans les rotations comme le sainfoin, la luzerne, les féveroles ou les lotiers.

Adonis Goutte-de-sang (Photo Couchoud)

Le foin est fauché tard pour préserver les orchidées et les insectes. Car plus il y aura d’insectes, plus il y aura d’oiseaux. Louis se considère comme un paysan, celui qui entretient le paysage, le pays, et pas comme un exploitant agricole qui « l’exploite » ! Il travaille la terre, maintient les bocages, les zones sauvages en osmose avec la nature.

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Bleuet (Photo Couchoud)

Quand on constate le rôle positif que jouent Louis et Nicole dans la préservation d’une nature fragilisée par l’urbanisme et autres menaces, l’état ne pourrait que se réjouir qu’une telle préservation puisse être liée à une exploitation viable.

Rôle en faveur de la biodiversité

Un rapport fait dans le cadre de ZNIEFF confirme leur rôle quant à la conservation des espèces : « La présence de terrains gérés en agriculture biologique joue un rôle en faveur du maintien de la biodiversité, notamment en ce qui concerne la diversité des plantes messicoles, plantes très sensibles à l’utilisation des désherbants chimiques. »

Gagée jaune (Photo Couchoud)

Le couple raconte l’excellent accueil des « Caussenards » du Lot et la formidable entraide entre agriculteurs. Ils regrettent seulement qu’il y ait si peu d’agriculteurs biologiques dans leur coin.

Stimuler l’installation d’agriculteurs en bio

L’installation récente d’un jeune agriculteur en bio les réjouit car d’autres échanges seront possible, par exemple au niveau des semences, et cela fait revivre les terres. « La SAFER et la chambre d’agriculture pourraient jouer un rôle plus actif en rendant possible l’acquisition des terres par de jeunes agriculteurs en bio » remarquent Louis et Nicole.

A la fin de l’article suit une liste des oiseaux remarquables qui nichent dans les vieux arbres, les haies, les murs de la maison, la grange, les champs de blé, les prairies… Louis et Nicole savent quand ils arrivent et où ils ont l’habitude de se loger. Il leur arrive de préserver ou planter des arbustes près des murs pour aider les jeunes oiseaux qui n’arrivent pas à quitter leur nid en toute sécurité.

Petits gestes avec grands effets

Ce sont ces petits gestes qui rendent leur exploitation agricole extraordinaire. Il n’est donc pas surprenant que de nombreux oiseaux nicheurs reviennent tous les ans au Mas de Cérès, mas qui porte bien son nom de Déesse des Moissons, symbole de récoltes de blé abondantes.

Espèces remarquables

Ont été observés : l’Œdicnème criard déjà cité, le Bruant ortolan, le Pipit rousseline, la Pie-grièche écorcheur, la très rare Pie-grièche à tête rousse et le Busard Saint-Martin. Espèces de nicheurs, lies aux zones bocagères et ouvertes : la Chevêche d’Athéna, le Torcol fourmilier, l’Alouette lulu, le Petit-duc scops, le Moineau soulcie, la Tourterelle des bois, la Huppe fasciée, la Fauvette orphée. Autour des zones de points d’eau on peut avoir la chance d’observer le Grèbe castagneux, la Bécassine des marais et le Vanneau huppé. Dans les champs de blé les grives musiciennes, les cailles, les perdrix et les faisans font entendre leurs concerts …

Les botanistes peuvent trouver entre autres la Dauphinelle de Bresse et la Dauphinelle des jardins, la Nigelle de France ou encore l’Adonis goutte-de-sang. Chez les papillons, présence du Damier de la Succise et du Nacré de la Filipendule qui vont certainement réjouir les entomologistes.

Rendez-vous :

Dimanche le 10 mai 2015, à 10.00h, départ au plan d’eau de Marcenac. Pique-nique tiré du sac à midi. Renseignements, inscriptions et demandes de co-voiturage auprès de Christine Coutarel : 0565. 271697.

Nicole et Louis Couchoud nous souhaitent la bienvenue, mais ils seront très occupés durant cette période, il n’est donc pas sûr qu’ils puissent nous guider. D’avance, un grand merci pour leur accueil.

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