Imérys vise à agrandir sa carrière à Lavercantière sans consultations

Mardi 22 juillet 2014, par Tineke Aarts // 1. Problèmes de carrières dans le Lot : extension, ouverture etc..

La carrière d’Imérys à Lavercantière a une longue histoire derrière elle. Implantée à proximité d’un ENS (Espace Naturel Sensible), cette installation ne s’est pas passée sans polémique. Il semble qu’à l’époque un conflit de pouvoir entre le ministre de l’Ecologie, défavorable au projet, et le ministre de l’Economie, favorable, a été gagné par ce dernier.

Quinze ans plus tard, les résultats de ce conflit se montrent sur place…

Selon une question de Mme Dominique Orliac, posée au ministre de l’Agriculture, le 30 juin 2014, la société IMERYS a fait en 2011 une demande d’exploitation minière qui viserait le site des vergers à Graines de l’Office National des Forêts (ONF).

Citation : « Il semblerait que ce dossier, traité par le ministère, soit au stade même des négociations portant sur le montant de compensations financières à la charge de l’exploitant minier. Et ceci, sans aucune concertation avec les élus locaux, départementaux et régionaux depuis 2011. »

Apparemment, des négociations concernant 70 hectares sont en cours avec M. Bouillon représentant du Ministère de l’Agriculture qui pilote le comité de coordination des vergers.

Plus de 100 randonneurs, malgré les alertes météos pour l’orage

Suite à un appel de l’association APSMB aux randonneurs de venir pour ce rendre compte de ce qui se passe autour de ce dossier, de nombreux participants ont donné leur soutien enthousiaste et engagé.

Pendant la balade nous avons eu d’abord l’intervention de M. Philippe Douault, entomologiste, qui a parlé de l’importance des milieux naturels.

Intervention de M. Gilles Vilard, maire de Lavercantière

Puis M. Gilles Vilard, depuis longtemps maire de la commune de Lavercantière, a évoqué ses inquiétudes et problèmes avec la carrière qui informe très mal les autorités locales. Par exemple sur ses besoins de terres pour l’exploitation et sur des problèmes survenus pendant les travaux.

Concernant le besoin de terres : ce sont 3,5 hectares exploités par an au lieu d’un hectare, et cela depuis 15 ans. La carrière s’est implantée sur 53 hectares au lieu de 15 hectares prévus.

Un plan d’eau s’est créé par accident…

M. Gilles Vilard s’est adressé à l’assemblée de randonneurs à un endroit sensible où d’ importants dégâts sont survenus pendant les travaux : un plan d’eau a été créé « par accident » ce qui affectera la quantité et la qualité de l’eau dans les ruisseaux qui suivent. Cela dans une zone connue pour être sensible à la sécheresse et aux incendies.

Puis nous avons eu l’intervention de M. François Wencelius, ingénieur forestier qui a parlé du Verger à Graines, menacé de disparaitre. Il a raconté que dans les années 50 du siècle dernier, il avait été décidé que les reboisements en France devraient se faire à partir des graines d’arbres de haute qualité. Ce Verger à graines est donc un conservatoire pour des génotypes forestiers remarquables, permettant le cas échéant de reconstituer des forêts détruites.

Intervention de M. François Wencelius sur l’importance et l’enjeu du verger à graines

Sélectionneurs forestiers ont voyagé le monde pour choisir les graines des essences les plus appropriés. Ces arbres ont été plantés à Lavercantière, un lieu choisi pour son caractère unique : une île de bruyère entouré par un paysage calcaire ce qui préserve bien les essences.

Il aura fallu plus de 40 ans aux chercheurs de l’INRA et de l’IRSTEA, en collaboration avec l’ONF et d’autres partenaires de la forêt française, pour les créer. Ils ont déjà fourni près de 10 tonnes de graines permettant l’établissement de plus de 150.000 ha de plantations forestières.

Ce fut de plus un investissement majeur de plusieurs dizaines de millions d’Euros. En conclusion de l’assemblée présente, c’est donc un patrimoine et un travail de long terme, financé par les contribuables au service d’un objectif commun, qui risque actuellement d’être anéanti pour les profits d’une seule entreprise.

Mme Geneviève Lagarde (à gauche) soutient ouvertement la demarche de l’association APSMB

Mme Geneviève Lagarde, vice-présidente du Conseil Général du Lot en charge de l’environnement, a participé à la balade. Elle est intervenue à la fin en caractérisant la situation à Lavercantière comme « affligeante ».

Pour elle il est clair qu’après le passage de cette carrière, la nature dans cette zone sensible est "détruite". Elle a souligné que le Frau connaît une situation géographique remarquable, ce qui préserve des espèces de la flore et la faune qui ont disparus ailleurs.

Pour cette raison, la zone du Frau est classée ENS (Espace Naturel Sensible) par le Conseil Général. Le Plan d’occupation des sols a classés les vergers en zone naturelle ND compte tenu de leur fragilité et de leur intérêt faunistique et floristique, avoisinant une ZNIEFF.

« Les replantations d’arbres n’aident pas à restaurer une zone si unique, c‘est perdu pour toujours », a-t-elle dit. Elle jugeait les dégâts faits « comme importants et irréversibles ». De surcroit, elle était d’accord avec M. Gilles Villard sur le manque de transparence dans la gestion, dans les dossiers et dans la communication vers les personnes concernées (riverains et autorités) de la part de l’entreprise.

Mme Lagarde a dit comprendre qu’il y a toujours une tension entre l’écologie et l’économie. Selon elle, cette zone du Frau demande actuellement une protection plus forte de la part de l’Etat. Avec son mandat donné, elle a promis de s’investir pour établir dse zones rouges, interdisant toute création ou extension de carrière, dans le cadre de la réactualisation du schéma départemental des carrières du Lot.

P.-S.

A lire aussi : Article apparu sur le Blog des Bourians : Députée, conseil général, maires et habitants protègent le verger à graines de Thédirac.

http://www.blogdesbourians.fr/deput…

Reportage sur le site de APSMB - Le Frau :

http://www.lefrau.fr/actu/actu.html

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4 Messages de forum

  • Les carriers n’aiment pas ceux qui les empêchent de gagner du fric en bousillant la nature : voici une citation ancienne de Mines et carrières, une revue de juin 2004 : "En repartant de Thédirac, sous le chaud soleil du Lot, passé le premier virage, on n’apercevait déjà plus l’exploitation largement cachée par la végétation et le relief. Et de se demander quelle mouche du Quercy avait pu piquer les opposants à une exploitation si discrète et si respectueuse de l’environnement qui, en outre, participe à la richesse et à l’emploi d’une région relativement pauvre en industrie

    Il faut bien se rendre compte en l’occurence qu’Imerys a comme projet de décaper cette région de tout galet de quartz qui peut être vendu, et que reconstituer la nature de "cette ile de bruyère dans un océan de calcaire" représente une aimable fantaisie de technicien complétement ignorant de la complexité de la vie à la surface de notre planète, même conseillé par des études d’environnement superficielles. La com d’Imerys à ce sujet reste risible et comparable à celle de ceux qui voudraient initier la recherche du "gaz de schiste". Dans les deux cas, il s’agit d’épuiser des ressources qui ne sont pas renouvelables.

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