Une lecture conseillée par Emilien Henry.

Jardins du chêne blanc, un livre de Pierre Lieutaghi

Editions Actes Sud, Salagon, Mai 2005

Lundi 21 avril 2014, par Emilien Henry // 1065. Lectures

Conseil de lecture : Pierre Lieutaghi 2005, Jardins du chêne blanc

Je viens de finir cet ouvrage : Jardins du chêne blanc, de Pierre Lieutaghi (2005). Il a été réalisé concomitamment à la création d’un secteur du jardin de Salagon (Mane, 04300) réservé à la présentation de la flore de la chênaie blanche locale. Pour l’anecdote, j’y suis passé cet hiver et ai constaté qu’aujourd’hui l’entretien de cette partie est malheureusement délaissé, faute de moyens.

Je n’ai pas l’impression que ce livre soit si connu des naturalistes pur jus mais peut-être me trompe-je. C’est avec cette idée que je voulais vous donner envie de le découvrir : en le commençant, je ne m’attendais pas à avoir une description si poussée des milieux associés à la chênaie blanche locale.

Sur trois bons quarts du livre, Pierre Lieutaghi nous trace ainsi une petite phytosociologie populaire dans son style toujours très agréable et permettant de rendre ce sujet très accessible à tous. Ce « beau livre » est également richement illustré des paysages, espèces et savoir-faire présentés dans le texte.

Dans la partie qui leur est consacrée, il présente les végétations et espèces propres au milieu forestier :

- chênaie blanche fraîche ;

- chênaie blanche sèche ;

- étage du chêne vert et garrigues ;

- chênaie sur sol siliceux.

Dans un second temps, l’ensemble des communautés qui s’intègrent dans sa dynamique sont abordés :

- aphyllanthaie et lavandaie ;

- lavandaies à lavande aspic, « pelouses-landes d’aromatiques » collinéennes ;

- friches d’anciennes cultures pâturées ;

- talus et ribes (=bords de champs) à Brachypode de Phénicie ;

- (partie sur les cueillettes réalisées sur les parcours) ;

- landes (avec distinction des landes régressives des landes de reconquête forestière) ;

- pelouse à genêt de Villars ;

- éboulis ;

- sources et suintements ;

- mouillures à canche intermédiaire (dans lequel il avance le terme Deschampsietum) ;

- cultures de plantes aromatiques associées.

Il se dessine ainsi sans en avoir l’air un aperçu phytosociologique large à l’échelle d’un pays haut-provençal. C’est ainsi pour moi la plus grande qualité du livre : très peu d’ouvrages parviennent à vulgariser de la sorte notre discipline, si complexe de premier abord pour tout botaniste de base ayant une réflexion sur l’écologie des espèces. Il n’est pas dépourvu de réflexions scientifiques : un exemple parmi d’autres, dans la partie sur l’aphyllanthaie (p. 54), il suggère qu’une pelouse à fétuques serait à décrire ayant sa dynamique propre et une combinaison caractéristique originale. C’est vague, mais ça donne envie d’aller plus loin.

La première partie du livre donne des généralités sur la région, sur le chêne blanc en tant qu’espèce botanique et sur l’économie locale qui lui est associée. On apprend ainsi que l’espèce a son extension maximale en France : « l’un des premiers seconds rôles chez les arbres feuillus français ». Les modalités locales de sa gestion en taillis sont également décrites. On apprend qu’autrefois, ses tortuosités étaient mises à profit dans la construction des bateaux pour les chantiers navals de Toulon et on en faisait également du charbon. On utilisait l’écorce des vieilles branches pour tanner les peaux, tandis que celle des jeunes rameaux étaient utilisés telle-quelle comme antidiarrhéique et vulnéraire. Les glands étaient torréfiés en période de disette (« pratique à éclipse », comme il existe des espèces à éclipses) et, alors qu’ils étaient laissés naguère aux cochons, c’est aujourd’hui aux sangliers qu’ils profitent. La consommation effrénée que peuvent en faire les brebis peut conduire à une intoxication alors que les chèvres les délaissent.

Cela vaut-il la peine de dire à nouveau que je l’ai beaucoup aimé ?

Émilien

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